Salut tout le monde !
Cette fois, on change de pays !
Debout de bon matin pour passer la frontière, sans trop savoir comment ça va se dérouler ni surtout combien de temps ça va prendre.
Je quitte le Kirghizistan le cœur un peu lourd. C'est un pays qui m'aura vue dans tous mes états, donc quelque part, c'est un pays qui me connaît mieux que mon psy ;). Mais c'est aussi et surtout un pays qui nous aura gâtés par ses paysages, ses challenges et ses habitants d'une gentillesse incroyable.
Autant dire que j'ai adoré le Kirghizistan.
Et je pars d'autant plus dans le dur que ce matin-là, je ne suis pas franchement en forme. Pas malade, mais clairement pas à 100 %. Et je vais le roter, ce passage de frontière...
Première étape : la douane kirghize. Le contrôle est vite fait, les bagages à peine regardés et les formalités expédiées. Mais sans grande surprise, ce n'est que la partie facile.
Nous entrons ensuite dans le no man's land qui sépare les deux postes-frontières. Le décor est magnifique, perdu au milieu des montagnes, et au début la route va nickel.
Puis ça se complique.
Pas énormément. Juste suffisamment pour que, combiné à ma tête dans les nuages, je finisse par basculer en arrière avec la moto et que mon épaule décide de partir dans un sens qui n'était clairement pas prévu par le constructeur.
La journée s'annonce bien.
Rien de cassé heureusement, mais ça fait un peu mal et c'est casse-bonbon.
On arrive finalement au poste tadjik et commence alors la loooooooooongue attente. On patiente beaucoup. On donne vingt fois les mêmes papiers. On passe par trois bureaux différents. On paye une première fois. Puis une deuxième. On ne sait plus très bien pourquoi, mais on rigole quand même.
Et finalement...
TADJIKISTAN !
Le changement est presque immédiat. Les paysages deviennent lunaires, dans le meilleur sens du terme. Et les routes deviennent bien différentes aussi... mais cette fois, pas franchement dans le meilleur sens du terme.
On avale des kilomètres de tôle ondulée et je peux vous assurer que ce n'est pas le revêtement le plus agréable du catalogue.
Enfin, nous atteignons notre premier bled et là...
Le pneu avant de Lionel se dégonfle.
Ha, ces satanés cailloux tadjiks qui traversent sans regarder !
C'est pas drôle, évidemment. Mais pour une fois que c'est pas à moi que ça arrive... :)
Et ce soir-là, la chance est avec nous. Une équipe d'Italiens se trouve au même endroit et l'un d'eux possède un garage moto. En deux temps trois mouvements, le pneu est réparé, avec l'aide active de ses vingt-trois acolytes qui parlent fort, donnent leur avis et participent à l'opération.
On leur est sacrément reconnaissants !
On décide néanmoins de ne pas pousser notre chance et de rester dormir sur place. L'hébergement est complet, mais la dame qui s'en occupe nous « fait de la place ». Comprenez : quelques matelas par terre dans la salle à manger, une fois que tout le monde aura fini de souper.
C'est rock'n'roll, mais ça marche.
Le lendemain matin, grande décision.
Le programme initial prévoyait que Tchumi et Cédric partent faire le Wakhan pendant que Lionel et moi nous attaquions à la Bartang. Finalement, au vu des derniers événements, nous décidons de faire toute cette partie du voyage ensemble.
J'avoue être un mini peu déçue. Je me réjouissais de découvrir la Bartang. Mais partir tous les quatre sur le Wakhan est cent fois plus sûr et raisonnable.
Alors c'est parti !
Et pour commencer tranquillement, on passe par le col Ak-Baïtal, à...
4'655 mètres d'altitude !
C'est dingue quand même. On est plus haut que n'importe quel sommet de Suisse et nous, on est là avec nos motos.
Bon, l'altitude tabasse quand même un peu, alors après avoir profité du moment, on reprend notre chemin jusqu'à Murghab.
Murghab est censée être une ville relativement importante dans la région. Personnellement, j'ai plutôt eu l'impression d'arriver dans une ville abandonnée.
Et il faisait trop chaud.
Mais le bazar est trop cool :).
Il se trouve au bas de la ville et les différentes « échoppes » sont installées dans des containers, créant tout un petit quartier étonnamment animé. C'est rustique, mais franchement sympatoche.
Le lendemain, direction Alichour.
La piste principale est généreusement garnie de nids-de-poule. Alors avec Lionel, on décide de faire l'école buissonnière et d'emprunter les pistes annexes qui la longent.
Et là... bonheur.
Le revêtement est légèrement souple et absorbe presque toutes les vibrations. On ne sent plus la moto. On vole. On plane sur cette immense plaine, les cheveux au vent...
Enfin, les quelques cheveux qui arrivent à dépasser du casque.
Bon, à un moment, Lionel a décidé d'aller examiner le sable de très près. Mais ça arrive. Et d'abord, c'est la faute du sable :).
La deuxième bonne surprise de la journée nous attend une fois la nuit tombée.
Alichour est loin de tout et très peu éclairé. Et lorsqu'on lève les yeux, on découvre une Voie lactée comme on n'en voit pas souvent par chez nous.
Je suis allée dormir des étoiles plein les yeux.
Le lendemain, c'est le corridor du Wakhan, le long de la rivière Pamir, qui nous attend.
Et cette fois, il faut être concentrés.
La piste nous offre à peu près tous les types de sols disponibles dans la région et nous demande un maximum d'attention.
Enfin, sauf à Lionel. Lui, c'est trop une machine.
À côté de nous, la rivière Pamir creuse néanmoins un paysage absolument exceptionnel. Et surtout, juste de l'autre côté de l'eau...
C'est l'Afghanistan.
Ça me fait quelque chose d'étrange d'être aussi près d'un pays si torturé, dont j'entends parler depuis aussi loin que je me souvienne. Il est là, à quelques dizaines ou centaines de mètres par endroits. Une simple rivière nous sépare.
Vers la fin du parcours dans ces montagnes frontalières, une petite surprise nous attend : un gué.
Mais pas le gentil petit gué coopératif.
Des gros cailloux et en montée.
Je peux vous dire qu'on a sué pour faire passer les motos.
Et au milieu de tout ça, alors que nous sommes occupés à en chier consciencieusement, un 4x4 passe à côté de nous avec...
Un mouton sur le toit.
Et le conducteur nous prend en photo.
On en aura chié, mais au moins, on est des stars !
Une fois arrivés au bout de notre étape, nous décidons encore d'aller voir des pétroglyphes. Une petite visite culturelle tranquille pour terminer la journée, pensions-nous.
Personne n'avait précisé qu'il fallait quasiment escalader une montagne pour les trouver.
Nous finirons donc cette journée comme nous l'avons commencée : dans la sueur.
Mais au moins, la vue en valait largement la peine.
Le lendemain, nous continuons tranquillement le long de la rivière Panj. Tchumi est tout malade et, par chance pour lui, l'étape est relativement courte et presque entièrement à plat.
Pour la dernière montée vers Bibi Fatima, nous décidons de le laisser se reposer pendant que nous partons vérifier s'il reste de quoi dormir là-haut.
Et là...
Vous vous souvenez du gars au 4x4 ?
Celui avec le mouton sur le toit ?
IL EST LÀ.
Il possède un hôtel juste à côté de la source thermale et accepte même d'aller récupérer Tchumi en voiture, moyennant paiement bien sûr.
Le monde est quand même minuscule, même au fin fond du Tadjikistan.
Nous pouvons donc profiter tranquillement de la fin de journée. On visite les ruines de la forteresse de Yamchun et son panorama à couper le souffle, on boit une petite bière face à l'Afghanistan et, surtout, on se repose un peu.
On en profite également pour aller découvrir la fameuse source thermale de Bibi Fatima.
Les bains étant séparés par genre, je me retrouve seule touriste au milieu de femmes de la région de tous âges. Et malgré l'évidence absolue que je n'ai aucune idée de ce que je suis censée faire, je suis accueillie avec énormément de gentillesse.
On me montre où me mettre, comment me rincer les cheveux sans finir les quatre fers en l'air et on me pose quelques questions dans un mélange d'anglais, de gestes et de bonne volonté.
Les enfants jouent autour de nous, tout le monde discute et l'ambiance est incroyablement détendue.
Un moment tout simple, convivial et chaleureux que j'ai beaucoup apprécié.
Et pour ceux qui se poseraient encore LA question essentielle de cette histoire...
Oui.
On a bien mangé le mouton qui voyageait sur le toit du 4x4.
Dans une bonne soupe.
Et il était délicieux :).
Allez, c'est tout pour cette fois !
Becs à la famille, aux amis, aux collègues... et à tout vite ! :)
Sybile
(P.S. : Joyeux anniversaire maman!)
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