Il a plu dans la nuit.
Nous nous préparons, déjeunons et réglons la note. Le tonner se fait entendre. Nous accélérons les préparatifs, mais au moment ou les motos sont prêtes, une grosse averse fait retarder notre départ.

Notre hôte nous propose un cabane pour attendre à l'abris de la pluie.
Nous partons à 9h10 lors d'une accalmie.
Nous partons pour une étape de 150km dont 80 de pistes. La première partie est selon les informations de Tchumi bonne et bien entretenue, mais la deuxième partie est glissante en cas de pluie car c'est une sorte de terre glaise. " C'est de la terre rouge, c'est de la m..., c'es très glissant! ".
Il y a 6 ou 7 cols à passer, et les montées et descentes sont affichées 8 ou 12%. Ici quand ça monte ça monte et quand ça descend, ça descend.
Sitôt sur la piste, la pluie recommence, nous grimpons allègrement sur une route en épingles majoritairement caillouteuse donc ça devrait aller.

Ben 15 kilomètres plus loin, après 1h45 de route, nous avons déjà relevé 8 ou 9 motos...
Il y en a qui commence à comprendre quand on dit que la moto est trop lourde, mais bon, je dis ça, je dis rien... Oui mais je préfère ceci, oui mais je préfère cela,... comme je dis toujours, à moto cela ne sert à rien de vouloir convaincre, la moto explique mieux que toi. Mais ce n'est pas encore assez bien expliqué.
C'est tout par passage, ça va bien sur 1 kilomètre ou deux, puis il y a une portion glissante et 1 ou 2 motos à relever.

Pour certains, la fatigue se fait ressentir.
Finalement nous arrivons au col et faisons une pause. Un local en voiture s'arrête vers nous. Il a du prendre de l'élan pour monter le dernier bout, la voiture glissant dans tous les sens en travers de la route.

Au vu de la difficulté crée par la pluie, tout le monde s'en est pour le moment encore bien sorti.
Et là nous comprenons que la halte de hier après midi dans le camp de yourtes nous a mis dans ce merdier.
Peu après, le temps s'éclaircit et la piste sèche rapidement avec le soleil et un léger vent d'ouest.
Il s'en suit une grande portion de terrain sur cette terre sèche ou dans les graviers. Ca roule bien nous avons une bonne avancée à 30 ou 40 km/h de moyenne.




Le sourire revient sur les visages. Mais pas pour longtemps.

Nous attaquons la partie glissante annoncée par Tchumi... Et bien pour commencer c'est plutôt bien ! La piste est sèche, elle serpente en bord de falaise. La météo est clémente et pas de pluie à l'horizon.
Puis viens la descente d'un premier col. A part 2-3 coins de glaise glissante, c'est une piste plaisante qui devient technique dans le village. Entre ornières de ruissellement et de circulation il y a les virages serrés et la forte pente; cette fois on est au delà de 12% facile. On fait un peu attention mais pas trop de moto à relever.
Tchumi passe devant et j'attend Sybile et Cédric sur un replat. Puis je repars en tête du peloton.
La portion de terrain suivante est une descente raide les ornières sont profondes et un fossé profond de 1m30 borde la piste à gauche. A droite c'est la rivière.
Arrivant trop rapidement dans cette portion, je sens ma moto décoller sur les bosses et partir dans le fossé. Je contrebraque, penche la moto un peu sur le côté, je reprends l'adhérence sur le bord d'une ornière, corrige la trajectoire et récupère le truc en freinant énergiquement.
"Faut modérer ton enthousiasme mon garçon !"
Tchumi nous attend plus bas à un carrefour dans un hameau. Je me dit Sybile et Cédric suivent. Je rejoins Tchumi et nous continuons pas très longtemps avant de retomber sur un passage technique de sable cette fois. Décidément!
C'est une épingle montante serrée juste après le passage d'une rivière. Il faut arriver avec un peu de vitesse, tourner, pencher la moto, mettre du gaz, regarder en haut la sortie du passage et laisser un peu glisser la roue arrière dans le sable. Le tout en 5 à 7 mètres. Si tu arrives trop lentement, tu plantes dans le sable parce que la roue arrière patine, trop vite t'es dans le talus à gauche et si tu crispes quand ça glisse tu tombes. "Choisis ton camp Camarade!"
Je passe la difficulté et attend Tchumi au dessus. Il manque son virage, je descends pour l'aider. Nous attendons plus haut Sybile et Cédric. Ils n'étaient pas loin derrière moi. Après plusieurs minutes, je fais demi-tour, ce n'est pas normal de ne pas les voir arriver.
Effectivement, Sybile est partie en embardée au même endroit que moi. La moto à fini dans un fossé au bord de la route... Sybile n'est pas blessée, mais elle s'est fait mal au torse en passant par dessus la moto. Un vol plané qui aurait pu se finir beaucoup plus mal. Elle a eu beaucoup de chance dans cette hasardeuse entreprise. Le chute a été violente tout de même, mais elle me semble aller bien physiquement.
Ben faut sortir la moto de là maintenant !
Cédric m'explique: les bagages ont étés enlevé, la moto est dans le fossé, il est étroit et couvert de chardons. Merci Sybile.
Si l'on veut tirer la moto sur le côté de la route une grosse pierre bloque la jante. Il faut donc la lever verticalement. Je descends dans le fossé, effectivement c'est compliqué. Nous essayons de la lever à mains nues et de glisser des pierres sous la roue avant pour la remonter petit à petit.
Et il recommence à pleuvoir, ... avec de l'eau jusqu'au genoud ça va être coton.
Je réfléchis, avec des sangles on se pèterait moins le dos. Donc 3 sangles, deux sur les crash-bars et une sur la roue avant.
On commence à lever la moto et glisser les pierres sous la roue, quand tout d'un coup Elan arrive avec sa Lada modère 1963, sa femme et ses enfants.
C'est un gars du coin, un solide qui fait une tête de plus que moi, il voit ça et dit en Russe: "Ben faut la lever et la tirer sur la route." Il saisit le porte bagage, plié en deux une jambe de chaque côté du fossé. Avec Cédric on le regarde sceptique: " C'est quand même lourd!"
- " Vous avez essayé?,
- " En une fois non."
- "Ben faut essayer. Adine, Dva, Tri !! "
Et hop lui tirant sur le porte bagage, nous sur l'avant on décoince la moto, on la sort et on la couche sur le bord du fossé. Une deuxième manoeuvre du genre et la moto est posée sur la route.
- " Percute la planète", comme ils disent...
Sybile ré-équipe sa moto et nous repartons rejoindre Tchumi. Je passe le passage de sable en montrant la trace, tout se passe bien pour tout le monde. Tchumi nous attend à l'abri dans une bergerie abandonnée.
Nous reprenons la route, il est 13h et mon erreur est de ne pas faire une pause à ce moment. Mais nous voudrions arriver à la route avant que la pluie n'ait trop détremper notre piste pour ne pas avoir à attendre à nouveau qu'elle ne sèche.
La piste monte assez raide vers l'un des derniers cols, au sommet duquel nous voyons la vallée de la Naryn que nous devrons remonter pour rejoindre Kazarman. La montée se passe bien et certains retrouvent le sourire.
Mais c'était avant l'entreprendre la descente, la terre n'est plus rouge, mais elle est tout autant collante et glissante, en 500m, 4 motos à relever. Donc là j'explique que l'on va relever les motos, descentes moteur éteint gérant la vitesse avec l'embrayage. Une descente les deux pieds au sol sur 50 à 100m à la vitesse la plus lente possible jusqu'à une place d'évitement en contrebas. Et là on fera une pause.
Petite pause pour boire, manger et se reposer. Là, on peut lire sur certains visages: le doute et l'inquiétude... Enfin ! L'aventure peut commencer!
Et sur un visage, on voit qu'il n'est pas content... les deux sourcils comme ça penché c'est qu'il n'est pas content.
Après 15-20 minutes on reprend les brèles, la pluie a cessé et le soleil sèche la piste. Il commence à y avoir un peu de graviers qui donne de l'adhérence et la pente s'adoucit, nous traversons un hameau à la sortie duquel Cédric passe devant. J'attends les deux autres puis repars. Pas content du tout, après 200m même pas, je vois une immense flaque de boue sur toute la largeur de la piste, Cédric suivant une ornière, de la boue jusqu'à mi-jantes et mi-mollets. Il se retourne, on se regarde,... on a rien dit mais on s'est très bien compris.
Du coup on est là, faudra bien passer personne n'a assez d'essence pour retourner en arrière de toute façon. Et moi je suis sur la réserve depuis 10km. Je me rassure en me disant que l'ordinateur calcule avec la consommation d'essence actuelle un peu élevée, sur la route je récupèrerai du rayon d'action.
Je me lance après Cédric, étonnamment le pneu garde de l'adhérence au fond de l'ornière, heureusement. Mais les deux pieds au sol pour maintenir l'équilibre eux glisse. On avance comme ça en faisant patiner l'embrayage.
C'est interminable, plus on avance dans cette marre de boue, plus elle se poursuit, comme ça sur 200 ou 250 mètre. Et après le virage on ne voit pas... Pour finir de stresser les plus inquiets, deux Lada sont derrière nous et aimeraient bien passer.
Finalement on arrive au bout, mais Cédric me montre une petite descente ou en bas de laquelle il y a la même marre de boue. Les pluies ont entrainées la terre et elles se sont répandues sur toutes le secteur. Je descends et passe prudemment, Cédric aussi. Les gars des Ladas klaxonnes, ils voudraient bien passer.
Mais Sybile sort de la trace, glisse et tombe. Tchumi glisse.. et tombe aussi... On a deux motos à aller ramasser dans le "dios", comme disait mon Grand-père. Le doute revient sur certains visages.
C'est interminable !! Faites un effort!
Après 3 ou 4 kilomètres, nous arrivons (enfin diront certains) sur la route qui doit nous mener à Kazarman.
La route est large, bien goudronnée le sourire revient.
Après 8 virages, un panneau 20km/h indique une zone de travaux suite à un glissement de terrain, il n'y a plus de goudron sur 100 mètres. je pense que cela a dû en stresser quelques-uns.
3 virages plus loin, à nouveau un panneau, cette fois la route est couverte de cette boue rouge qu'un ruisseau ayant débordé à répondu sur la chaussée. Nous passons en faisant attention à ne pas glisser. Les glissements de terrain jalonneront le trajet régulièrement jusqu'à Kazarman.
A Kazarman nous trouvons une auberge, Premièrement nous devons nous changer sans salir l'intérieur de la guest House, le patronne veille au grain.
Il faut maintenant: réparer les dégâts aux motos, les nettoyer et prendre une douche.
Sybile à dans sa chute dans le fossé complètement détruit un valise. Je lui redresse la plaque de support à grand coups de pieds. Nous re-fixons la valise sur la plaque de support en laçant avec une sangle les deux ensemble avant de serrer les vis. Son spray de graisse pour chaine était rangé dans une sacoche de Crash-bar. Sous le choc il a explosé, il y a de la graisse de chaine partout dedans.
Cédric à fissurer une valise plastiquer et Tchumi plié un peu une valise Alu. Ce sera assez vite remis en ordre.
Après l'atelier poterie de la journée, c'est l'atelier bricolage.

Les conditions météos ne sont pas avec nous, nous aurons 2 jours de "beau" à partir d'après demain. Après la pluie est annoncée.
Durant le dîner j'aborde le sujet des jours suivants, des risques et bénéfices. Je pense réduire le programme annuler une partie du Kirghizstan, car il nous reste 9 jours sur place. Il n'est pas intéressant d'aller voir un lac entouré 5000m enneigés dans le brouillard, Tossor sera dangereux etc...
Peut être serait-il plus intéressant de renoncer à une partie de ce pays et consacrer plus de temps la visite de villes comme Samarcande , Taskent, Bukhara,... et même d'arriver en Russie avec 1 à 2 jours d'avance.
Plusieurs propositions sont faites par Tchumi et Cédric.
Au plaisir
Lionel
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