Salut tout le monde !
Le lendemain, c'est notre premier vrai jour de visite à Kazan.
Déjà, il est important de préciser que nous avons la chance de dormir au Korston Hotel, un hôtel plutôt luxueux habitué à accueillir des personnalités en visite officielle à Kazan. Notre guide est donc assez surprise lorsqu'elle vient y chercher quatre gugus en découverte touristique :).
Et notre guide, justement, est absolument incroyable.
Alsou est née ici, elle est fière de sa ville et passionnée par son histoire. Ça se sent immédiatement et ça va rendre ces deux jours fascinants.
On commence par un grand tour des points intéressants de Kazan en taxi privé, pendant lequel elle nous abreuve d'explications sur les bâtiments, l'architecture, l'histoire, la vie quotidienne, les légendes, les personnalités importantes... Bref, on en apprend à la pelle.
Sur notre trajet, on s'arrête régulièrement pour découvrir certains endroits plus en détail, notamment des édifices orthodoxes dont les décorations extérieures comme intérieures nous en mettent plein les yeux.
Et c'est aussi l'occasion de découvrir l'histoire de l'icône de Notre-Dame de Kazan, l'une des icônes les plus importantes de l'Église orthodoxe russe. Une copie ancienne de cette icône avait fini au Vatican et était conservée dans les appartements de Jean-Paul II. En 2004, le pape décide de la rendre à l'Église orthodoxe russe en signe de rapprochement entre les deux Églises lorsque le grand représentant de l'église orthodoxe ET le grand représentant de la région musulmane ont demandé à ce qu'elle revienne à Kazan. J'aurais aussi été surprise à la place du pape :).
Mais pourquoi le représentant d'une religion qui n'a rien à voir avec l'icône? Et bien il faut savoir que les tatares il y a bien longtemps se sont convertis volontairement à l'islam pour des raisons... économiques. Et oui. Étant de grands commerçants déjà à l'époque et faisant affaire avec le moyen orient et l'Asie Centrale, ils se sont vite rendu compte que d'être musulmans apportait bien des avantages en affaire. Ce n'est pas courant comme raison, et pourtant. Se côtoient donc dans la république du Tatarstan l'islam et les orthodoxes.
Mais l'histoire religieuse de la région ne s'arrête évidemment pas là.
Le Tatarstan est marqué depuis des siècles par la coexistence de plusieurs religions. L'islam y tient une place majeure aux côtés du christianisme orthodoxe, mais on y trouve également des catholiques, des juifs, des vieux-croyants, issus d'une branche de l'orthodoxie ayant refusé les réformes de l'Église russe au XVIIe siècle, et d'autres communautés encore.
Et si cette cohabitation n'a évidemment pas toujours été paisible au fil de l'Histoire, aujourd'hui, tout ce petit monde vit côte à côte. Alsou nous raconte par exemple que des représentants de différentes religions peuvent se retrouver lors d'événements comme le festival annuel de musique juive de Kazan.
J'ai été particulièrement impressionnée par cette cohabitation et cette mixité. Je ne pense évidemment pas que tout soit parfait tous les jours, mais l'effort de coexistence est remarquable et je suis admirative de cette tolérance.
Et comme le résume joliment Alsou :
« Ce voisinage entre la croix et le croissant, on le trouve aussi en dehors du Kremlin. »
Car oui, nous avons évidemment eu l'occasion de visiter le Kremlin de Kazan !
C'est une prouesse architecturale et un emblème important de la ville. Dans son enceinte se côtoient notamment la cathédrale orthodoxe de l'Annonciation et la mosquée Qol Şärif, beaucoup plus récente. Cette dernière a été reconstruite à l'époque contemporaine à partir d'un projet choisi lors d'un concours d'architecture, et je dois dire qu'elle est de toute beauté.
Voir ces deux édifices réunis à quelques pas l'un de l'autre illustre plutôt bien tout ce qu'Alsou vient de nous raconter.
Après un repas composé de spécialités locales et une balade à pied dans les rues, nous retrouvons notre guide le soir pour continuer notre découverte de Kazan, mais de nuit cette fois.
Et la ville illuminée vaut sacrément le détour.
Nous découvrons notamment le majestueux Palais des Agriculteurs, avec son immense arbre de bronze de vingt mètres qui trône fièrement au centre de sa façade. Le bâtiment abrite le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation du Tatarstan et, quand on se retrouve au pied de cet ensemble gigantesque illuminé dans la nuit, ça en impose !
Puis vient le fameux « chaudron » de Kazan, aussi appelé Centre familial de Kazan. Et son rôle est assez littéral : c'est notamment là qu'ont lieu les mariages civils.
Le bâtiment lui-même ressemble à un énorme chaudron et il est gardé par d'imposantes sculptures représentant des zilants, créatures proches du dragon et symboles de Kazan, ainsi que des léopards ailés représentant le Tatarstan. Monsieur, madame et même les petits :).
Quelques arrêts supplémentaires plus tard, on rejoint finalement l'hôtel pour dormir.
On est tous crevés.
Et heureusement qu'on dort parce que le lendemain, c'est reparti pour tout un programme !
On commence fort avec la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Kazan. Un édifice haut en couleur à l'extérieur et encore plus impressionnant une fois qu'on entre.
Histoire de bien se décoller les yeux dès le matin.
Quelle beauté.
On quitte ensuite la ville pour rejoindre l'île-ville de Sviajsk, située à la confluence de la Volga, de la Sviyaga et de la Shchuka (qui veut dire "brochet").
Et je parle de rivières, mais franchement, chez nous on appellerait ça un lac. Chacun de ces cours d'eau est absolument IMMENSE.
Détail important : il pleut.
Et pour une fois, cette pluie va apporter quelque chose de vraiment particulier à notre visite. Il y a peu de touristes, le ciel est gris, les rues sont calmes et toute la petite ville prend une ambiance presque mystérieuse.
On a l'impression d'avoir Sviajsk pour nous.
On commence par le Musée d'archéologie du bois. Des fouilles réalisées sur place ont permis de mettre au jour des vestiges de constructions en bois ainsi qu'une multitude d'objets et d'outils du quotidien datant notamment du XVIe siècle. Les différentes couches du sol ont créé des conditions qui ont permis à une partie de ces vestiges de parvenir jusqu'à nous.
Et là encore, on tombe sur un guide passionné.
Il nous fait découvrir tout le musée avec une quantité d'explications qui réussissent à donner vie à tous ces objets. Il se laisse même aller à quelques blagues sur la fin de la visite.
Un voyage dans le temps particulier, mais non moins intéressant.
On part ensuite découvrir Sviajsk elle-même, une petite ville qui a énormément changé au fil des siècles et des bouleversements politiques, culturels et religieux.
Des églises ont disparu, d'autres ont été transformées ou reconstruites. L'ancienne forteresse a perdu sa fonction et le visage de la ville a évolué avec les époques.
Nous découvrons notamment la cathédrale de l'icône de la Mère de Dieu « Joie de tous les affligés », puis le monastère de l'Assomption de Sviajsk.
Et là encore, chaque bâtiment raconte sa propre histoire.
Certains ont été utilisés à d'autres fins pendant la période soviétique avant de retrouver plus tard leur fonction religieuse. L'ensemble donne vraiment l'impression d'une ville qui a été remodelée encore et encore par l'Histoire.
Après nos visites, le temps devient heureusement un peu plus clément et nous reprenons finalement la route vers Kazan, juste avant que la pluie ne nous rattrape.
Et c'est le cœur lourd que nous disons au revoir à Alsou, qui nous a accueillis chaleureusement dans sa région et nous en a appris énormément en seulement deux jours.
La journée touche déjà à sa fin et nous en profitons pour préparer les bagages afin de pouvoir partir de bonne heure le lendemain en direction de Moscou.
Mais évidemment, j'arrive quand même à trouver le temps de m'octroyer une dernière balade nocturne.
Je pars donc marcher au bord de la Volga et je dois dire que Kazan est incroyable pour ça, encore plus la nuit. Tout est éclairé et les lumières de la rive opposée se reflètent dans l'eau presque calme.
Le spectacle est superbe.
J'en profite même pour faire de la balançoire avant de rentrer dormir :).
Le lendemain matin, tout le monde se prépare à bon rythme. Il est temps de dire au revoir à Kazan.
Les bagages sont chargés, on vérifie qu'on n'a rien oublié et...
Il pleut.
Pas énormément. Juste suffisamment pour qu'on finisse trempés et qu'on ait froid en faisant nos adieux à la ville.
Toute la matinée, nous filons donc dans le mauvais temps, habillés comme des cosmonautes, en direction de Vladimir.
Je vous aurais bien raconté la beauté de la ville, mais après une matinée humide et froide suivie d'un très long après-midi de route, ce n'est qu'en début de soirée qu'on y atterrit avec 630 kilomètres supplémentaires au compteur.
On vient techniquement de parcourir l'équivalent de la Suisse en une journée.
Mais il faut ce qu'il faut pour rejoindre Moscou !
Au vu de la longueur du trajet et du temps maussade, vous comprendrez donc le manque de photos de cette journée :).
Je peux quand même vous dire que le décor était principalement composé de collines sous la pluie et de longues routes presque droites encadrées de forêts de bouleaux.
Très joli, soit dit en passant.
Le lendemain, c'est enfin le dernier bout jusqu'à Moscou !
Mais avec un petit arrêt au musée de l'aviation.
Et quel arrêt !
Deux grands hangars et un immense parc rempli d'avions et autres engins volants de toutes sortes et de toutes les époques. Et avec eux, leur histoire, leurs caractéristiques, les pilotes qui les ont utilisés, les uniformes qu'ils portaient...
C'était non seulement très instructif, mais surtout impressionnant.
Les petits coucous avaient des histoires fascinantes et les plus gros appareils étaient ABSOLUMENT GIGANTESQUES.
À en donner le tournis.
Et cerise sur le gâteau pour moi qui aime l'art : les hangars exposaient également des peintures représentant certains de ces avions dans des scènes liées aux différents conflits qu'ils avaient traversés.
Je n'aime pas la guerre, mais ces peintures étaient saisissantes.
Puis nous remontons sur les motos pour attaquer le gros morceau de la journée.
Enfin, surtout pour moi.
Traverser une bonne partie de Moscou.
Je n'aime déjà pas particulièrement rouler à moto en ville. Encore moins dans une ville que je ne connais pas. Alors une mégalopole de la taille de Moscou...
Étonnamment, ce n'est pas foncièrement difficile d'y circuler. Les rues sont larges, les voies multiples et le trafic plutôt fluide à quelques exceptions près.
Mais quand il faut subitement choisir entre cinq directions différentes et que tous les panneaux sont en cyrillique, que je déchiffre encore avec l'efficacité d'un enfant de quatre ans, la difficulté augmente quand même légèrement.
Et mon stress avec.
Mais on s'en est sortis !
Nous voilà donc arrivés à notre hôtel, où nous allons poser nos affaires pour les cinq prochains jours.
Moscou, nous voilà :).
Allez, c'est tout pour cette fois !
Becs à la famille, aux amis, aux collègues... et à tout vite ! :)
Sybile
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